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  • Quand Archer fait mouche contre Babar

    Quand Archer fait mouche contre Babar

    Barney Spender à Lord’s

    Il y a des moments, au cricket, où l’on en vient à souhaiter que l’adversaire fasse quelque chose de spécial. Marquer des points, éliminer un batteur, attraper spectaculairement une balle improbable… Bref, n’importe quoi qui rappelle qu’il y a bien deux équipes impliquées dans la bataille.

    Au football ou au rugby, ce qui compte est tout simplement de gagner. Si le score est de 5-0 au foot ou de 50-0 au rugby, qu’importe ! Le zéro ajoute à l’humiliation, et c’est encore mieux, finalement, non ?

    Pas au cricket, où l’on veut assister à un véritable duel entre la batte et la balle.

    Il y a un satisfaction particulière à voir le batteur-star adverse marquer 50 ou 100 points — pourvu qu’il joue avec panache et courage.

    C’est ce que j’ai anticipé avec plaisir à Lord’s la semaine dernière lors du deuxième Test entre l’Angleterre et le Pakistan, lorsque Babar Azam est arrivé au milieu du terrain.

    Pour le Pakistan, c’était déjà presque fini : les deux ouvreurs avaient été éliminés par le métronome Ollie Robinson. Le Pakistan avait totalisé seulement 7 courses pour 2 batteurs perdus, à la poursuite d’un lointain objectif de 368 courses… La victoire n’était plus vraiment possible. Mais la gloire ? Oui. Toujours.

    Babar, lorsqu’il est en forme, est l’un des meilleurs batteurs du monde. Le Pakistan et ses supporters à Lord’s avaient besoin d’une réponse impériale.

    Il arriva sur le terrain comme un boxeur, les muscles de ses épaules et de ses biceps ondulant sous sa chemise tandis qu’il s’échauffait en faisant tournoyer et pivoter sa batte.

    Sur la première balle de Jofra Archer, lancée à environ 141 km/h, le batteur eut un geste précipité; il s’en fallut de l’épaisseur d’une couche d’huile de lin pour que la balle ne soit déviée dans les gants de Jamie Smith, le gardien de guichet anglais.

    La deuxième balle donna lieu à une solide défense frontale.

    La troisième fut encore plus rapide. Visant ses côtes, elle prit Babar de court ; celui-ci la dévia d’un coup sec vers le côté fermé et débloqua son compteur avec un point.

    Depuis l’autre bout du terrain, il pouvait observer Archer à l’œuvre. Le prédateur silencieux. Le requin.

    Le lanceur anglais représente une menace discrète. Il ne possède ni la détente spectaculaire et le lancer explosif d’un Thomson, d’un Lillee ou d’un Shoaib, ni la course d’élan fluide et athlétique d’un Michael Holding.

    Son allure respire la rigueur : cheveux soigneusement tressés, manches boutonnées aux poignets, pans de chemise impeccablement rentrés dans la ceinture.

    Ses gestes sont à l’avenant : rien de superflu, juste du rythme et de la vivacité, une mécanique de ressorts et de pistons. Un tourbillon de mouvements où les épaules pivotent, le bras gauche pointe vers le ciel et le bras droit jaillit en un éclair, presque sans prévenir, pour accomplir son œuvre dévastatrice.

    À cet égard, il rappelle davantage Wasim Akram.

    JAFFA’

    À l’autre bout, Babar se montrait relativement à l’aise face à Ollie Robinson, bien qu’il ait manqué sa première balle — une trajectoire qui s’éloignait en frôlant l’extérieur de sa batte.

    Robinson ne lançait qu’à 125 km/h, mais sa précision, alliée à un léger mouvement de la balle, le rendait redoutable.

    (Babar Azam on a good day: Photo – Nazly Ahmed)

    Babar dévia une balle pour prendre un point, puis, de nouveau face à Robinson, détourna la suivante vers la zone de fine leg pour marquer quatre points.

    Le public applaudit. Le maître était lancé; on pouvait s’attendre à du grand spectacle.

    Cela ne devait pourtant pas durer. La balle suivante qu’il reçut d’Archer fut un véritable « jaffa », et Babar la vit trop tard.

    Courte, plus rapide encore que la précédente — 148 km/h —, remontant brutalement vers sa gorge, elle lui fit comprendre trop tard que le pull shot n’était pas jouable. L’instinct de survie prit le dessus.

    Il détourna la tête et leva instinctivement les mains pour se protéger de cette grenade sifflante. La balle heurta la jonction de la batte et des gants, puis monta impitoyablement en cloche. Jordan Cox, jaillissant derrière les slips, s’en saisit. Battu, Babar quitta le terrain avec six points. Le duel était terminé.

    La foule applaudit la superbe action de bowling d’Archer et l’élimination de la principale menace pakistanaise, tout en regrettant intérieurement le départ d’un grand artiste.

    L’Angleterre s’imposa ensuite par 194 points, prenant ainsi une avance irrattrapable de 2-0 dans cette série de trois matchs. Le Pakistan réagit en limogeant le coach et en remplaçant sept joueurs.

    Babar, le capitaine, est toujours là, et espérons que lui et sa nouvelle équipe pourront produire quelque chose de spécial lors du dernier Test, qui commence jeudi à Edgbaston (Birmingham).

    Le cricket en a besoin.

    @vivelecricket.com 2026

    (Edition: Pierre Gay)

    Rex arrive aux ‘Grace Gates’ à Lord’s (Photo: Barney Spender)